Cannes 2026 : les trois films incontournables

 

Entre un documentaire d'archives sur une cinéaste révolutionnaire trop longtemps oubliée, Une vie manifeste, une fiction qui suit la relation platonique entre une prostituée haïtienne et un évangéliste, Marie Madeline, et un long-métrage sur le destin magique d'un jeune réfugié congolais, Congo Boy, découvrez la sélection du jour de notre rédaction pour cette 79e édition du festival de Cannes.

 

En mémoire de Michèle Firk, révolutionnaire et cinéaste oubliée

Critique de cinéma, révolutionnaire et femme libre, Michèle Firk était tout cela à fois. Elle a mené sa vie comme elle l'entendait et s'est donné la mort à 31 ans, en septembre 1968, pour ne pas livrer ses camarades de lutte au Guatemala. Née à Paris en 1937 dans une famille juive athée, elle franchit clandestinement la ligne de démarcation avec sa mère, une expérience qui la marquera profondément.

Très jeune, elle s'engage contre toutes les formes d'oppression, d'abord aux côtés du FLN, puis au Vietnam, à Cuba et en Amérique du Sud. Parallèlement elle parvient à entrer à l'IDHEC (l'ancienne Fémis) dans la section scripte et montage puisque c'est la seule que les femmes peuvent alors intégrer, écrit pour l'Humanité Dimanche et Positif, s'investit dans le réseau des ciné-clubs Action. Son voyage à Cuba et sa rencontre avec les cinéastes de l'Institut cubain des arts et de l'industrie cinématographiques (ICAIC) seront déterminants, une manière pour elle de lier concrètement cinéma et révolution.

Habitué des films d'archives, le documentariste Jean-Gabriel Périot retrace le parcours d'une figure largement invisibilisée par l'histoire du cinéma en raison de son genre et probablement de sa classe sociale. Bâti en suivant une trame chronologique, le film s'appuie sur une narration lue en voix off par Alice Diop, qui s'adresse à Michèle Firk, et par Nadia Tereszkiewicz, qui fait entendre quelques-uns de ses écrits.

À l'image, le cinéaste tisse un jeu d'échos entre le récit et des films de l'époque, documentaires ou fictions, et les rares photos ou séquences filmées où elle apparaît. Portrait d'une cinéaste sans œuvre - elle n'a jamais pu réaliser -, Une vie manifeste livre un regard très moderne, ironique et sans concession sur le cinéma des années 50-60. Notamment sur la Nouvelle vague qui, comme écrivait Michèle Firk dans un de ses articles, a « remplacé le cinéma de papa par le cinéma des fils à papa ».

 

Sophie Joubert, Pierre Barbancey.
L'Humanité
15 mai 2026